Covid-19

Avec tout ce qui se passe, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une pause dans mon prochain roman pour écrire le début d’une histoire, un prologue, une sorte de nouvelle qui, je l’espère, ne deviendra pas réalité.

(Laissez quand même quelques rouleaux de P.Q aux autres lorsque vous allez remplir vos caddies. Merci.)



Le président de la République donnait les consignes à respecter assis derrière son bureau. Son regard fixé sur la caméra et ses gestes appuyant ses propos se voulaient rassurants. Il implorait ses compatriotes de ne pas céder à la panique, promettant que tout rentrerait dans l’ordre d’ici peu. Les mesures prises pour contrer la propagation du virus prenaient effet immédiatement. Les citoyens devaient être responsables et agir de façon rationnelle.

L’allocution passait sur la télévision du magasin d’électroménager situé au centre-ville. À cause de la fissure qui traversait la moitié de l’écran, les pillards l’avaient laissé à son emplacement et s’étaient rués sur les appareils en bon état. La pierre qui avait été à l’origine des dégâts reposait sur le sol au milieu des débris de la vitrine qui avait explosé en mille morceaux. Un homme transportant un micro-ondes faillit faire tomber son butin en la piétinant. Devant la boutique, plusieurs véhicules stationnaient tandis que leurs propriétaires chargeaient ce qu’ils pouvaient à l’intérieur.

De l’autre côté de la rue, l’épicerie de monsieur Perry avait été prise d’assaut également. L’étagère réservée aux conserves, habituellement surchargée, était vide. La dernière boite venait d’être balayée d’un revers de la main pour finir dans un caddie poussé par une femme qui se protégeait la moitié du visage avec une épaisse écharpe.

Deux bâtiments plus loin, la pharmacie était dévastée. Les présentoirs s’étaient renversés à cause du mouvement de foule, les tiroirs avaient été jetés par terre et la caisse avait été dévalisée. Un homme cherchait désespérément des médicaments pour soigner sa fille.

Un adolescent taguait la librairie, qui elle restait intacte malgré le rassemblement chaotique. Un individu masqué passa derrière lui avec une bouteille à la main. Il s’arrêta le temps de sortir son briquet, alluma la mèche imbibée d’essence et envoya le cocktail Molotov sur la façade de la banque avant de proférer une insulte envers la mère de son banquier.

Une vieille femme boitait pour rentrer à son domicile. Elle tenait un paquet de riz dans une main et une conserve dans l’autre. C’est tout ce qu’elle avait pu trouver, et surtout les seules choses qu’elle pouvait transporter à son âge. Elle fut bousculée par une épaule musclée et tomba. Un homme se baissa, main tendue. La vieille femme faillit le remercier pour son assistance avant de se rendre compte qu’il volait ses provisions.

Un peu plus loin, une voix aiguë s’éleva.

— Il est contaminé !

Les passants se figèrent. La plupart vérifièrent qu’ils portaient bien leur masque chirurgicale blanc autour de la bouche. Lorsqu’ils virent ses yeux injectés de sang, ils s’écartèrent.

— Aidez-moi, haleta Nathan. Je n’arrive plus à respirer.

La rue était bondée. Un périmètre de sécurité se créa autour du malade. Les gens le contournaient, évitant de se trouver à moins de dix mètres de lui.

Nathan avait difficilement parcouru deux pâtés de maisons pour atteindre la pharmacie. Il avait tenté d’appeler les secours pendant une bonne dizaine de minutes, mais les lignes semblaient toutes occupées. Il fit encore quelques pas sous les yeux apeurés des gens qui l’entouraient, puis il s’écroula. Il voulut réitérer sa demande, mais il éjecta une glaire de sang à la place.

Il y avait tellement de monde qu’il pensait avoir atteint son but. Que l’un d’eux aurait une solution, ou du moins les compétences nécessaires pour lui donner les premiers soins, ou peut-être même un conducteur qui l’emmènerait aux urgences. Mais ce ne fut pas le cas. Personne n’osa l’approcher. Nathan avait peur, il voulait qu’on le rassure, qu’on lui dise que tout allait s’arranger, que le remède était juste là et qu’il avait fait le plus dur. Mais il n’entendit que des reproches.

— Dégage d’ici !

— Va crever ailleurs.

— Nous refile pas ton truc, bordel.

Nathan tenta de ramper, mais c’était au-dessus de ses forces. Les spasmes commencèrent dans ses jambes, puis les bras, et enfin tout son corps se mit à trembler. L’arrière de son crâne se cognait contre le bitume tandis qu’il suffoquait à cause de sa gorge obstruée. Des larmes de sang coulèrent sur ses joues. De la bave écarlate, un mélange de sang et de bile, se déversa sur son menton.

Quelques personnes seulement restèrent à regarder. Les autres continuèrent de piller les magasins, tandis que certains prirent la fuite pour s’éloigner le plus loin possible. Une voiture démarra en trombe et klaxonna sans ralentir pour qu’on lui laisse le passage.

Nathan convulsait toujours. Dans quelques secondes, il allait succomber au virus que l’on appelait Covid-19.

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Allez, je retourne maintenant au travail. J’ai un roman à écrire moi, et j’espère pouvoir le sortir avant l’extinction de l’espèce humaine…

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