Jour de visite

jour de visite

Nouvelle Thriller

yo 3

La vieille femme se balance sur sa chaise à bascule en bois. Assise devant la fenêtre de sa chambre. Elle fixe un point dehors mais elle semble perdue dans ses songes. Ses cheveux tirés en arrière sont blancs comme les nuages qui flottent dans le ciel gris.

Norman vient lui rendre visite tout les mercredis. Bien que les employés de la maison de retraite pensent que la pauvre perd la tête, son fils garde espoir et réussit toujours à avoir des discussions cohérentes avec elle. Il lui parle de son boulot, du temps, des dernières sorties à la salle de cinéma où elle l’emmenait étant enfant. Des choses futiles qui leur passe le temps qu’ils partagent ensemble.

Il frappe toujours avant de poser le pied à l’intérieur de la pièce, le silence reste la seule réponse au fil des semaines qui défilent, alors il prend l’initiative de plus en plus rapidement. Il tourne presque la poignée en même temps qu’il toque à la porte. Il dépose la boite de chocolat hebdomadaire sur la table puis lui donne un baiser sur le front.

— Ça va maman ?

— Norman ! Dit-elle d’un sourire radieux. Te voilà enfin. Je ne t’attendais plus.

— Tu sais bien que je viens toutes les semaines.

— Je ne sais même plus quel jour nous sommes. Ici les jours se ressemblent tous… Ho mais tu as un beau costume !

Il vient toujours habillé ainsi. Depuis qu’il travaille dans l’agence immobilière, il ne porte plus que des costumes, même les jours de congés. Il oublie juste de mettre la cravate et laisse quelques boutons de sa chemise ouverte.

— Je l’ai mis rien que pour toi ! Je n’allais pas venir voir ma mère adoré en jogging tout de même.

— Tu es aussi beau que ton père l’était à notre mariage.

— Je sais maman, tu me le dis chaque semaine.

— Il me manque, surtout le soir. J’aimais tellement m’endormir dans ses bras. La vie est ennuyeuse sans lui.

— Mais tu es bien traité ici.

— Ho oui ! Je me repose très bien. Je ne fais que ça de mes journées. Il n’y a pas grand chose d’autre à faire de toute façon. Mais j’ai tout le temps de penser à ça plus tard. Comment ça se passe pour toi Norman.

— Bien, très bien…

— Vraiment ?

— Absolument. Le travail se passe très bien. Je vais sûrement avoir une promotion, il suffit que je travaille encore un peu et c’est dans la poche.

— Tu en es sûr Norman ?

— Oui maman. Et j’ai rencontré une fille très gentille. Toi qui pense toujours que je n’ai pas de chance avec la gente féminine, je crois que cette fois c’est la bonne !

— Tu es certain Norman ?

— L’avenir nous le dira.

— Qu’est-ce que tu racontes, tu n’as pas d’avenir Norman !

— Pourquoi dis-tu ça ?

— Tu n’as jamais eu d’avenir. Je te l’avais déjà signalé mais tu ne m’as pas écouté.

— J’étais jeune, mais désormais j’ai repris ma vie en main.

— Tu en es convaincu ?

— Oui maman, avec mon travail et cette fille, tout va bien aller. Je l’emmène au restaurant ce soir et j’ai l’intention de lui demander de vivre avec moi.

— Elle ne viendra jamais habiter avec toi !

— Mais si voyons.

— Qui pourrait vivre dans un trou à rat pareil ?

— Mon appartement est spacieux, je t’assures c’est vraiment bien. Il y a de la place pour deux.

— Regarde comme tu es confiné ici !

— Non, ici c’est une maison de retraite. C’est toi qui vit dans cet établissement.

— Je crois que tu divagues Norman.

— Maman, souffle t-il, tu dois essayer de te concentrer.

— Ce n’est pas une maison de retraite… C’est un asile de fou !

— Ne dis pas de bêtise maman. J’ai parlé avec le directeur et il m’a dit qu’on était aux petits soins avec toi.

— Je ne suis pas réellement ici. Je suis morte depuis des années. C’est toi qui es enfermé dans cet asile !

— Ce n’est pas un asile.

— Tu ne te souviens pas pourquoi tu es là ?

— Je suis venu te voir.

— Tu ne te souviens pas avoir été forcé de venir ici ?

— Maman…

— Tu ne te souviens pas avoir tué ta mère ?

— Je n’aurais jamais fait ça !

— C’est donc vrai ce qu’ils disent de toi. Tu es complètement fou !

— Non…

— Pourtant tu as bien pris ce couteau de cuisine et tu me l’a enfoncé au plus profond de mes entrailles. Sans sourciller tu m’as pris pour un vulgaire gibier. Et tu as ensuite découpé chacun de mes membres dans le garage, avec la scie de ton père pour mieux m’enterrer dans le jardin.

Le doute s’installe, est-ce la réalité ou un cauchemar ? Sa mère devient-elle folle ? Ou est-ce seulement un mauvais rêve ?

Norman s’enfuie en courant, voulant échapper aux souvenirs qui surgissent dans sa tête. Car ce que raconte sa mère lui donne des visions. Du sang surtout, dans la cuisine, et encore du sang, dans le garage. Il court dans le long couloir aux carrelages blancs et noirs pour échapper à sa mère. Elle continue de le poursuivre tout en continuant de rabâcher ses incessantes plaintes. Elle les crie à travers son dentier.

— Reviens ici Norman ! Il faut que tu payes pour ce que tu as fait !

Lorsqu’il arrive dans les escaliers, il bouscule une employée qui laisse tomber le plateau repas qu’elle porte, inondant les marches d’une sauce blanche immangeable.

— Monsieur ne courez pas dans les couloirs !

Mais Norman ne l’entend pas, la voix de sa mère occupe déjà son esprit.

— Monsieur arrêtez, dit l’infirmière vêtu de blanc en le poursuivant. Revenez tout de suite !

Quand Norman se retourne, c’est sa mère qu’il voit et sa voix de vieille folle qu’il entend.

— Reviens Norman ! Dit-elle en bavant un filet de sang. Je ne le répéterai pas !

L’obstacle qui le stoppe lui donne un frisson intense. Il se retrouve face à face avec un visage qu’il connaît mais qu’il n’a pas vu depuis onze ans.

— Écoute ta mère Norman ! Lui ordonne son père.

En reculant de peur, il se tourne vers son reflet dans le miroir qui le déstabilise. Son beau costume gris n’est plus qu’une illusion. Á la place, il porte une combinaison blanche comme un patient d’hôpital. Ses cheveux sont ébouriffés et non gominés. Il frotte les cernes bleues en dessous de ses yeux. Il ne se reconnaît même pas lui même.

Sa mère lui attrape le bras alors que son père le plaque au sol. Il crie de toute ses forces.

— Laissez moi ! Je veux partir d’ici !

— Tu fais encore une crise Norman ? Lui demande son père. Il va falloir te donner une leçon cette fois !

— Une belle leçon pour un méchant garçon, continue sa mère.

Norman s’agite alors que son géniteur sort une seringue énorme qu’il lui injecte dans le bras. La piqûre fait mal mais ce n’est rien comparé au liquide qui se répand dans son bras, laissant des veines bleues apparaître sur sa peau. Il se débat encore mais ses forces diminuent. Sa mère rit comme une folle et son père le regarde plein de dégoût. Ses muscles se contractent et il devient impossible de donner des ordres à ses membres.

Lorsqu’il ne peut plus bouger un cil, les deux employés le portent et le posent sur un brancard. Ils l’attachent alors avec une camisole de force, le laissant grabataire à observer le plafond, restant prisonnier de sa propre folie. Il tente tout de même de demander pardon à sa mère, mais impossible de bouger les lèvres.

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