Ma valentine

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Nouvelle Thriller

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1

C’est une belle soirée pour une Saint-Valentin. Un 14 février comme les couples les affectionnent pour leur dîner romantique. Les étoiles scintillent dans un ciel noir à côté d’une lune qui se repose sagement. Il fait même assez bon pour une petite promenade en amoureux main dans la main avant de plonger dans un lit pour faire grincer le sommier.

J’aimerais également profiter de cette soirée avec ma Valentine, mais j’ai un travail à accomplir qui ne peut pas attendre. Ne croyez pas que je fais passer le boulot avant la femme qui m’attend ce soir. Non, c’est elle qui m’a conseillé cette nuit pour faire ce que j’avais à faire. C’est même le seul moyen de la retrouver à vrai dire.

Je ferais n’importe quoi pour cette fille. Je l’ai dans la peau depuis notre première nuit. Notre relation dure depuis un an et je ne fais que penser à elle, chaque seconde que Dieu fait. Je veux lui donner tout ce que j’ai même si je ne possède pas grand chose. Nous sommes si complémentaires que je ne peux plus imaginer ma vie sans elle à mes côtés.

Elle est si belle. Douce dans la vie et féroce dans un lit. Elle a un grain de beauté au coin des lèvres comme cette mannequin qui faisait fondre tous les mecs dans les années 90. Ses jambes sont longues et fines, sa peau est douce, ses formes sont généreuses. Mon dieu ses seins… il n’y a aucun mot qui ne soit pas salace pour les décrire. Vous l’aurez compris c’est la fille parfaite, ma femme idéale, mon fantasme d’adolescent devenu réalité.

Il n’y a que son mari qui empêche notre amour d’éclater au grand jour. Cette espèce de porc pour qui les femmes ne sont que des objets, qui ne servent qu’à assouvir ses envies sexuelles. Je sais qu’il la maltraite, j’ai déjà découvert quelques bleus sur son corps si parfait. Elle a nié, mais je sais d’où venait les marques. Ma belle Stacy ne mérite pas ça. Elle ne ferait pas de mal à une mouche.

Cet enfoiré est riche mais pas con. Son contrat de mariage est en béton armé. On peut dire qu’il la tient en laisse par le compte en banque. C’est son seul moyen de la garder car il n’a que ça pour plaire. J’en ai marre de la voir en secret, de vivre caché. Je lui ai déjà avoué que l’argent n’était rien pour moi, que je l’aimerais dans la pauvreté, mais elle n’est pas de cet avis. Je ne peux pas lui offrir le train de vie auquel son mari l’a habitué et j’avoue que ça me ronge de l’intérieur.

Il y a deux semaines, nous évoquions notre relation après une partie de jambe en l’air. Je lui disais que je rêvais de l’emmener loin de cette vie et elle me confia que tout serait plus simple si elle n’avait pas cette foutue bague au doigt. C’est là qu’elle eût une idée de génie qui réglerait tous nos problèmes. Sa tête était posée sur mon épaule tandis que nos corps nus s’entrelaçaient et elle a lancé l’hypothèse.

— S’il n’était plus là, nous pourrions vivre sans nous cacher.

— J’y pense tous les jours. Si seulement une crise cardiaque pouvait le foudroyer sur place.

— S’il meurt, nous aurions sa fortune en plus de pouvoir nous réveiller l’un à côté de l’autre tous les matins.

— J’attends ce jour avec impatience. J’en rêve même parfois.

— Il est coriace. Je ne crois pas qu’une simple crise cardiaque pourrait l’envoyer au tapis. Il mange sainement, ne fume pas et ne boit presque jamais. Son seul vice c’est l’argent. Il ne se lève que pour rejoindre sa bande de requins et faire du pognon.

— Une voiture pourrait l’attendre à la sortie de son travail et passer un peu trop vite. Je ne pense pas qu’il résisterait en passant sous les roues d’une bagnole lancé à quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Un accident est vite arrivé, surtout si je suis au volant. Je sais où il bosse et je connaît ses horaires à force de te voir en cachette. Ce serait facile de lui tendre un piège.

— Tu serais capable de tuer pour moi ?

Une question banale, une preuve d’amour orale que les jeunes couples se font et dont l’action qui peut en découler n’a jamais lieu. Mais la situation, la notre, est différente.

— Je le ferai sans hésiter !

Oh que oui je peux tuer pour elle, surtout si c’est pour la garder auprès de moi le reste de ma vie. Et la réponse a eu l’air de lui plaire parce que j’ai eu le droit à une belle gâterie après ça.

Une femme doit passer la Saint-Valentin avec son mari, mais ce soir Stacy m’attend. Je suis devant chez elle, planqué dans ma voiture à attendre son signal.

Une Mercedes rouge approche, je me baisse pour ne pas être repéré. Je connais cette voiture, je l’ai déjà suivi, c’est celle du mari de Stacy. Monsieur Je-me-la-raconte se gare et rentre chez lui dans son costard cravate avec sa mallette à la main. Je n’ai plus qu’a attendre que Stacy me fasse signe.

Ce soir, je vais assassiner le mari de ma femme.

2

J’ai fait le tour pour me garer derrière la maison. De là je peux voir tout ce qui se passe à l’intérieur. Pour eux c’est une simple baraque, pour moi c’est une villa avec de grandes baies vitrées comme j’en ai toujours rêvé. Il y a une piscine et même un jacuzzi dans l’immense jardin. Je vois Stacy qui embrasse Monsieur Je-me-la-raconte. Elle s’est mise en tenue sexy, une nuisette mauve transparente et un porte-jarretelles noir. Il y a une table dressée avec des bougies et la télévision est allumée sur une espèce de feu de cheminée pour donner une illusion romantique.

Stacy a tout préparé pour que les flics ne l’accusent pas. Elle a même placé un poulet dans le four. Le plan est simple, un voleur entre pour dérober les lingots d’or que Monsieur Je-me-la-raconte cache dans le coffre de sa chambre. Les choses tournent mal, un homme est tué, une femme rescapée sonne l’alarme. Simple comme bonjour.

Stacy débarrasse son mari de sa veste. Il picore quelques toasts avant de monter prendre sa douche. Stacy s’approche de la porte de la cuisine et la déverrouille, elle place une casserole rouge sur la gazinière pour me dire que la voie est libre. On cassera le verrou après pour faire croire que le meurtrier est rentré par effraction. Il ne reste plus qu’à attendre le moment opportun. Stacy n’a plus qu’à faire son travail.

La lumière de la salle de bain à l’étage s’éteint. Monsieur Je-me-la-raconte redescend enveloppé dans un peignoir en satin bleu. Il n’a pas le temps de s’asseoir à la table que Stacy lui saute dans les bras. Elle le tire par le bras et l’amène au salon. Elle passe ses mains sur son torse, le pousse dans le fauteuil, puis fait le tour pour lui masser les épaules. Personne ne peut résister à Stacy, surtout en petit tenue. Si elle a décidé de vous faire l’amour, vous ne pouvez pas refuser, tout le reste devient insignifiant, même si vous n’avez rien avalé de la journée, le repas attendra. Il se laisse faire sagement, Stacy découvre le haut de son peignoir et ses mains deviennent baladeuses.

C’est maintenant que tout se met en place, pendant qu’il est vulnérable au doigté de Stacy, c’est le moment de passer à l’action.

3

J’enfile mes gants en cuir et attrape le tournevis sur le tableau de bord. Le crime ne doit pas sembler prémédité. Le voleur utilise un tournevis pour fouiller les tiroirs et les coffres verrouillés, puis assassine sa victime avec le même objet dans la panique.

Je saute par dessus le muret, contourne la piscine et passe par la cuisine pour atteindre le salon. Stacy est de dos, j’aperçois ses belles fesses pendant qu’elle masse Monsieur Je-me-la-raconte.

Je place ma main sur l’épaule de ma Valentine pour l’avertir de mon arrivé. Elle recule de quelques pas sans lâcher son mari des yeux avec une certaine satisfaction dans le regard, une espèce d’espoir de liberté.

— Continue ma belle, dit Monsieur Je-me-la-raconte tandis que je me tiens derrière lui.

Je serre le manche du tournevis que je tiens comme un couteau de chasse. Je pose mon autre main sur sa tête pour le maintenir droit. La pointe métallique s’enfonce dans sa tempe et je pousse avec force pour atteindre le plus loin possible. Ses yeux s’écarquillent, sa bouche s’ouvre au maximum et lâche un grognement. Il reste paralysé du haut, ses jambes moulinent dans le vide avant de retomber sur le sol. Un filet de sang coule sur sa joue.

Je me précipite devant et le soulève du fauteuil en le prenant par dessous les bras. Il pleure des larmes de sang. Sa langue pend jusqu’à son menton. Il faut un semblant de bagarre pour que cela semble crédible. Je lâche le corps au dessus de la table basse en verre qui explose à son contact. Des bouts de verres lui tailladent le visage.

Pendant que son cadavre repose sur le sol, je me dis que c’est le cadeau de Saint-Valentin parfait. Vous connaissez une plus belle preuve d’amour vous ? Moi non, même si c’est un peu égoïste parce que je le fais pour moi aussi.

Stacy semble déboussolée. Je lui demande si elle va bien.

— Oui, ça va aller. Je revoyais juste ce qu’on devait faire ensuite.

— Tout se déroule à la perfection.

Je lui donne un baiser pour la rassurer.

— Finissons-en !

— Va chercher son revolver, ce n’est pas le moment d’oublier les détails.

Elle le sort d’un meuble dans la cuisine.

— J’avais pris les devants, au cas où il se serait débattu.

J’attrape le téléphone portable de Stacy posé sur la table. Une partie du plan où elle doit être convaincante. Elle devra l’être toute la nuit après ça.

— Tu te souviens de ce que tu dois dire ?

— J’ai tout mémorisé.

— Tu fais comme pendant les répétitions et tout ira bien.

Elle inspire et hoche la tête.

— Je suis prête.

Je compose le numéro des urgences. Quand la standardiste répond, le visage de Stacy change complètement. Elle prend un air triste et apeuré à la fois. Sa voix tremble et vire dans les aigus.

— Á l’aide. Quelqu’un est entré chez nous. Mon mari est descendu pour voir ce qu’il se passait et je crois qu’ils sont en train de se battre. On a besoin de secours, je ne sais pas quoi faire.

Elle donne son adresse et continue son texte appris par cœur. Stacy a des talents de comédienne, on croirait vraiment que tout ça est en train de se dérouler. Puis elle raccroche après avoir écouté les conseils de la standardiste.

— Ils vont arriver, me dit-elle, on doit avoir dix minutes devant nous.

— C’est largement assez.

Nous filons vers la cuisine, je ressors dans le jardin tandis que Stacy referme la porte derrière moi. Je casse un carreau puis passe ma main pour ouvrir de l’intérieur. Je marche sur les éclats de verre pour les briser comme l’aurait fait un voleur. J’éteins le four et la lumière. Stacy racontera qu’ils avaient abandonné le dîner pour se câliner directement. Voilà pourquoi le meurtrier a pensé que la maison était vide. Puis nous revenons au salon.

— Bien. Après avoir téléphoné depuis la chambre, tu descends les escaliers avec le revolver. Tu aperçois ton mari sur le sol avec un tournevis planté dans le crâne. Tu vois ensuite le voleur prendre la fuite et tu le braques.

Il nous faut une vitre explosée et un ou deux trous dans le mur pour faire plus vrai, donner vie au meurtrier qu’ils ne retrouveront jamais. On s’est entraîné à tirer dans les bois pour qu’elle ne se fasse pas mal avec le recul. C’est elle qui doit le faire pour les empreintes sur l’arme.

— Á ton avis, me demande t-elle en se plaçant à l’entrée du salon comme si elle venait de descendre les escaliers du couloir, le voleur se trouverait où exactement ?

— Juste ici.

Je désigne l’endroit du doigt en m’approchant du lieu idéal. Quand je me retourne, Stacy pointe l’arme vers la vitre puis soudainement le tourne vers mon visage.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— C’est toi le meurtrier ! Avec un cadavre, la scène sera plus réaliste.

Si vous vous dites que je ne suis qu’un pauvre imbécile, imaginez ce que j’en pense. Moi qui n’a jamais fait confiance aux femmes avant de rencontrer Stacy, le mec qu’on ne pigeonne jamais. Je ne peux pas y croire. Je la connais trop bien, elle ne ferait pas ça. Elle a juste peur, c’est normal après ce qu’on vient de faire.

— Le plan est parfait, Stacy. Tu ne dois pas paniquer. Les flics te croiront et nous vivrons heureux avec l’argent de ton mari comme on l’avait souhaité.

— Je t’aime bien, mais pas au point de partager le restant de mes jours avec toi. J’ai vu ce que c’était le mariage et crois-moi, ce n’est bon pour personne. Le célibat et du fric, c’est ça la vraie vie.

— C’est la Saint-Valentin, rappelle-toi tout nos bons moments. Je t’aime, j’ai tué pour toi !

— Une fête ringarde. Je n’ai jamais aimé ça. Mais je te remercie de m’avoir débarrassé du boulet que je me traîne depuis quelques années. Je vais enfin pouvoir profiter de mon pognon sans avoir de compte à rendre. Tu ne sais pas combien c’est frustrant de devoir demander la permission à chaque fois qu’on veut s’acheter un petit bijou.

Ce n’est pas la Stacy dont je suis tombé amoureux. Je dois réfléchir, gagner du temps.

— Il fouilleront mon appartement et trouveront des preuves qui te lieront à moi.

— C’est gentil de t’inquiéter pour moi. C’est trop mignon. Tu vois, c’est pour ça que notre relation a duré aussi longtemps, tu es si prévenant. Mais ne t’en fais pas, j’ai tout prévu, ils ne trouveront rien qui m’appartient chez toi.

— Et mon portable, tous nos textos, je ne les ai pas effacé.

— Il faut bien qu’il y ait une part de vérité dans tout mensonge.

— Ils sauront pour nous deux, tu ne pourras pas nier.

— J’ai couché avec toi une ou deux fois, je voulais stopper notre relation mais tu continuais de me harceler. Et ce soir tu es venu pour assassiner mon mari parce que tu me voulais rien que pour toi.

— Qui croira ça ?

— Tout le monde. C’est une fin parfaite. Personne ne contredira cette version. Les gens adorent les femmes victimes. Même en te répétant que je n’étais pas une femme battue, tu ne voulais pas me croire. Et tout ça juste à cause de quelques petits bleus. Il a toujours été un peu violent pendant la levrette, mais rien de plus.

— Stacy, écoute…

— J’aime bien parler avec toi, mais le temps presse. Si ça peut te rassurer, je ne le fais pas de bon cœur !

Elle arme le chien du revolver. Je cherche un moyen de m’échapper, mais je n’en vois aucune. Elle appuie sur la gâchette. Le coup de feu retentit.

4

On dit souvent qu’on voit sa vie défiler devant ses yeux avant de mourir. C’est faux, ça ne défile pas, au contraire, le temps s’arrête presque et s’écoule lentement comme un ralenti dans un film d’action.

La balle tourne sur elle-même et charge vers mon front. Impossible de l’éviter, elle va atteindre mon visage dans moins d’une seconde et exploser ma cervelle qui se répandra sur le mur derrière moi.

Je repense à ma première rencontre avec Stacy. Nos nuits d’amour. Ses baisers, ses caresses et ses promesses. Je repense à ces moments où je pensais à elle et me morfondait alors qu’elle était avec Monsieur Je-me-la-raconte. Je repense à ce qui m’a amener à mourir ce soir, un 14 février pendant la Saint-Valentin. Je repense au meurtre que je viens de commettre et je me dis que je vais crever comme le plus gros abruti que l’histoire n’ait jamais connu. Je comprends que j’ai été manipulé. Mon père m’avait toujours répété de me méfier des femmes, et je suis tombé dans le panneau comme un enfant qui n’écoute pas ce qu’on lui dit.

Et pendant que je pense à tout ça, la balle a presque atteint mon front. Finalement oui, ça défile vite, comme la vie que je n’ai pas vu passer. Je ne suis encore qu’un enfant à trente-cinq ans et je vais déjà rejoindre mon créateur. C’est injuste, mais je crois que quelque part je l’ai bien cherché.

Le projectile me perfore le crâne. Ma tête se propulse vers l’arrière et ma nuque craque. La balle parcourt mon cerveau puis vient s’y loger. Je tombe à la renverse. Impossible de bouger. J’avais lu un jour que notre âme reste éveillée encore quelques secondes avant de quitter complètement le corps. La seule chose que je vois maintenant c’est le plafond blanc. C’est flou, très flou. Puis une silhouette se penche au dessus de moi. Je crois reconnaître Stacy. Son visage se rapproche du mien. J’entends le bruit d’un baiser. Mon dernier. Ses lèvres bougent. Sa voix est déformée mais j’arrive à comprendre.

— Merci pour tout, mon Valentin.

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